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21 September 2017
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Alain Di Rocco : « Chelles est plus ancienne que Paris ! »

Aux heures de bureau, Alain Di Rocco travaille dans une grande quincaillerie parisienne. Mais lorsque vient le week-end, le vendeur se mue en historien amateur et s’adonne à son activité favorite : parcourir les villes de France pour en exhumer le passé et noircir ses petits carnets de notes et d’anecdotes croustillantes sur leur histoire. C’est la compilation de toutes ces informations que l’on retrouve aujourd’hui dans « Balades en ville », le second essai d’Alain Di Rocco, où l’on arpente le cœur d’une quinzaine de grandes villes françaises qui ont façonné l’histoire française. Villes parmi lesquelles Chelles, à l’égard de laquelle l’écrivain nourrit un attachement tout particulier, y ayant vu le jour il y a 49 ans…

Votre ouvrage s’attache à nous faire découvrir le passé riche de célèbres villes françaises. L’on est presque surpris d’y retrouver Chelles au côté de Paris, Strasbourg, Lyon ou Orléans…
Et c’est une erreur car Chelles est l’une des plus anciennes cités de notre pays. Une présence humaine y est attestée dès le Paléolithique, à une époque où l’humanité est composée exclusivement de chasseurs et de cueilleurs. Toutefois, c’est véritablement en 4 000 avant notre ère que l’on y trouve trace d’un début de sédentarisation et les prémices d’un village, à l’emplacement de la mairie actuelle. A ce titre, Chelles est bien plus ancienne que Paris !

« Le site de Chelles était très prisé »

Un constat d’autant plus vrai que, contrairement à d’autres villes, le passé de Chelles ne saute pas forcément à la figure…
En effet. Lui consacrer un chapitre était aussi une façon de lui rendre justice, car si le prestigieux passé de Chelles est attesté, il est moins visible que dans d’autres villes françaises. Fait remarquable : elle est une des seules à avoir conservé son emplacement d’origine. Le cœur historique de cités comme Soissons, Reims ou Châlons-en-Champagne a changé plusieurs fois. Celui de Chelles est resté le même.

Votre ouvrage raconte comment les Gaulois, les Romains, puis les Francs ont choisi d’élire domicile à Chelles. Pourquoi ce lieu présentait-il un tel attrait pour ces peuples ?
Plusieurs facteurs entraient en jeu. On sait depuis un bon moment que la Chelles de l’époque formait une petite île, coincée dans entre le cours principal de la Marne et un méandre qui prenait naissance à l’emplacement du centre commercial Terre Ciel, rejoignait les pied du Mont-Châlats pour ensuite décrire une courbe en direction de la pointe de Gournay. Les habitants de Chelles bénéficiaient donc d’une fortification naturelle, à l’image de Meaux. La Marne, très poissonneuse, était évidemment source de richesse alimentaire. Elle permettra également de récupérer l’argile très facilement, avant de permettre à Chelles de s’imposer, avec la création d’un port, en – 143, comme une place-forte du commerce fluvial. A deux pas de là, il y avait la Sylva Lauconia, une immense forêt qui recouvrait toute la Brie et fournissait aux villageois une matière première essentielle : le bois.

« Clovis aimait beaucoup Chelles »

Jusqu’à Clovis, qui a fait de Chelles sa résidence secondaire…
Le premier roi des Francs avait choisi d’établir son pouvoir à Paris après avoir pris Soissons. Mais il appréciait de pouvoir trouver un lieu de villégiature situé à proximité de sa nouvelle capitale. C’était le lieu idéal pour réunir ses ministres, puis partir chasser… Son palais se trouvait vraisemblablement le long de l’actuelle rue Ste-Bathilde. Chelles, qu’on appelait Cala, va lui plaire tellement qu’il va commencer à s’y établir durablement et y transférer certains éléments forts de son pouvoir, comme le trésor et les archives royales. Sous son impulsion, la ville, qui avait perdu beaucoup de son rayonnement après l’invasion des Barbares, va se nouveau se développer. A la mort de Clovis, son épouse Clothilde va même choisir de s’y retirer et en profiter pour fonder la célèbre abbaye de Chelles. Au VIe siècle, certains la désignent comme la capitale du royaume !

Un mot sur le développement géographique de la ville et la création des actuelles avenues Foch/Résistance, qui sont très anciennes…
Leur rectitude, leur largeur et leur longueur, plus de 2 km à elles deux, en témoignent. Cet axe fut fondé par les Romains, lorsque ceux-ci décidèrent de transformer la bourgade gauloise en véritable cité. C’est encore aujourd’hui la colonne vertébrale de la Chelles moderne. Preuve de leur importance, on a retrouvé en 1998 un temple gallo-romain, tout près de l’entrée du parc du Souvenir. Il faut imaginer la jeune ville de cette époque, perdue au milieu des bois, encerclée par la Marne et adossée à la Montagne… Ce devait être un spectacle splendide.

« Balades en ville, des origines au Moyen-Âge », aux éditions Beaurepaire, 167 pages, 19 euros. www.editions-beaurepaire.fr