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11 December 2017
Jean-Paul Planchou, alors maire (PS) sortant, durant la campagne pour les municipales, début 2014.
Jean-Paul Planchou, alors maire (PS) sortant, durant la campagne pour les municipales, début 2014.

L’ancien maire a-t-il commandé un sondage juste avant les municipales ?

La réplique a eu l’effet d’une bombe, dans les rangs de l’opposition, il y a dix jours. Interpellé par Paul Athuil (SE), du groupe « Unis pour Chelles », qui lui reproche de « ne pas avoir mis la commande d’un sondage à l’ordre du jour », le maire (LR) de Chelles lâche, sensiblement agacé : « Il est étonnant de recevoir cette remarque de votre part quand on sait que votre équipe a commandé un sondage juste avant les municipales et qu’il n’en a informé personne ».

En face, Paul Athuil reste interdit quelques instants, avant de bredouiller : « Je n’étais pas au courant ». Quelques minutes plus tard, alors que le conseil prend fin, Isabelle Guilloteau (PS) se précipite vers Brice Rabaste pour obtenir des explications. Le maire, lui répond-t-il, détient « des preuves écrites » de ce qu’il avance. L’ancienne 1re adjointe aux finances de Jean-Paul Planchou se tourne vers Yannick Klein, le directeur général des services déjà en fonction sous le précédent mandat, qui opine sans un mot.

« M. Rabaste a rêvé », dixit Planchou

Qu’en est-il réellement ? En février 2014, un mois avant le premier tour des municipales, l’existence d’un mystérieux sondage sur les intentions de vote des Chellois s’était faite jour. Celui-ci prenait en compte quatre candidats : Jean-Paul Planchou (PS), Brice Rabaste (UMP), Renaud Persson (FN) et Frank Mouly (PC). L’identité du commanditaire, en revanche, n’avait pas filtré, de même que les résultats, l’institut de sondage, TNS-Sofres, étant tenue au devoir de confidentialité.

Se pourrait-il que le commanditaire soit tout simplement l’ancienne municipalité ? Sur cette éventualité, l’ex-maire (PS) dément catégoriquement. « M. Rabaste a peut-être rêvé ou fantasmé », ironise Jean-Paul Planchou, qui indique qu’il n’avait « de toutes façons pas les moyens de solliciter un sondage ». « Je ne vois pas très bien quel intérêt nous aurions eu à le dissimuler. Qu’il ait été bon ou mauvais, le mieux aurait été de le faire savoir », estime-t-il.

« Un cas litigieux » pour Me Bellanger

Les élus ou ex-élus socialistes, dont beaucoup faisaient à l’époque partie du comité de campagne, affichent la même circonspection. Le député Emeric Bréhier avait bien eu vent d’un « certain sondage », qui plus est « positif pour l’ancien maire ». Jean-Jacques Marion, lui, n’en avait « jamais entendu parler ». Reste que la sortie de Brice Rabaste n’a pas été franchement appréciée chez certains élus du groupe. « Si ce qu’il dit est vrai, cela veut dire que certains ont agi sans mettre au courant les autres membres du comité de campagne et il y a de quoi réclamer des explications », peste l’un d’eux, sous couvert d’anonymat.

Surtout, se pose la question de la légalité d’un tel sondage : le maire est-il fondé à user de deniers publics pour commander un sondage d’opinions, quelques semaines avant le premier tour d’une élection municipale ? S’il est autorisé à interroger ses administrés « sur des projets relevant de l’intérêt public », « les questionner sur leurs intentions de vote paraît beaucoup plus litigieux », estime Me Bellanger, spécialiste en droit public.

 

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